Un bol Henriot Quimper peut valoir plus qu’une matinée de salaire. Pourtant, sa place n’est pas uniquement sur une étagère ou derrière une vitre. Depuis plus d’un siècle, la faïence de Quimper accompagne les repas familiaux, se transmet dans les familles, et parfois, finit par surprendre aux enchères autant que sur la table du quotidien.
La faïence de Quimper mérite mieux que d’être réduite à l’état de bibelot ou de décor. Nombre de pièces, même anciennes, ont été façonnées pour la vie courante. Certaines assiettes Henriot du début du XXe siècle atteignent aujourd’hui des sommes étonnantes sur le marché, quand d’autres modèles, plus récents, restent accessibles et invitent à se défaire des hésitations devant l’usage.
Néanmoins, il faut se méfier des apparences : le tampon témoin au revers d’une pièce ne suffit pas à lui seul à en garantir la provenance ou l’époque. Les signatures ont suivi l’évolution de la fabrique, les formules changent selon les générations d’artisans, la teinte des émaux varie au gré des décennies : l’identification relève presque de l’enquête. Chaque assiette porte sa petite part de Bretagne et la marque d’un savoir-faire toujours vivant.
Ce qui fait l’attrait de la faïence Henriot Quimper : histoire, styles et gestes transmis
La faïence de Quimper incarne plus qu’une tradition bretonne : c’est une expression authentique de l’art de vivre populaire. Dès que Jean-Baptiste Bousquet a ouvert ses fours au XVIIIe siècle, la maison Henriot a pris le relai, maintenant la continuité d’une identité. Le style Quimper saute immédiatement aux yeux : motifs fleuris, silhouettes stylisées, couleurs franches. On y retrouve un subtil mélange entre héritage local et inspirations venues de l’Art Déco au XXe siècle.
Ce qui distingue ces objets ? Une technique artisanale transmise patiemment : l’application manuelle de l’émail stannifère blanc, un manteau lumineux qui recouvre la terre crue et la protège. Ce procédé donne à chaque pièce ce fini lumineux, ce grain de matière reconnaissable. La peinture posée d’un geste sûr sur l’émail cru impose rapidité et adresse : les couleurs s’éveillent en fusion, parfois dociles, parfois imprévisibles.
D’une époque à l’autre, les collections évoluent sans jamais se renier. Le fameux breton sur son assiette, les fleurs stylisées et autres bouquets : tout un vocabulaire graphique se renouvelle suivant les modes, en conservant sa cohérence. Les pièces du XIXe siècle font écho aujourd’hui à des créations plus récentes, et la manufacture Henriot continue d’alimenter la légende, à la croisée de l’art utilitaire et de la mémoire locale.
Reconnaître, dater et utiliser vos pièces au quotidien sans risquer de les abîmer
Reconnaître et dater la faïence Henriot Quimper
Pour différencier une pièce authentique, la signature reste un repère fiable pour qui prend le temps d’observer. Il suffit parfois de retourner l’objet : on y trouve le nom Henriot Quimper, souvent calligraphié à la main, avec parfois l’ajout d’une année, d’un numéro ou d’un monogramme. Les œuvres d’avant 1922 sont généralement signées « HB », abréviation d’Henriot Bousquet. Au fil du temps, la mention « Henriot Quimper » s’impose, parfois précédée de « HR », selon la fusion opérée entre certains ateliers.
Pour la datation, rien ne remplace l’examen attentif des décors et de la palette. Les motifs naïfs, personnages stylisés et teintes soutenues, ocre, bleu profond, évoquent le début du XXe siècle. Sur les productions récentes, l’émail apparaît plus uniforme, les traits plus nets, les couleurs davantage maîtrisées.
Utilisation quotidienne : préserver sans craintes
Les assiettes, bols et plats Henriot Quimper n’ont rien de fragiles dès lors qu’on garde quelques bons réflexes. Ces pièces permettent de dresser une table véritablement singulière, où les couleurs et les motifs dialoguent librement.
Adopter certains gestes garantit leur tenue dans le temps :
- Éviter les chocs thermiques : la faïence redoute aussi bien le micro-ondes que le four traditionnel.
- Favoriser un lavage à la main, avec eau tiède et éponge douce ; les détergents abrasifs sont à proscrire pour ménager l’émail.
- Essuyer rapidement après lavage afin d’éviter l’apparition de traces blanches dues au calcaire.
L’état d’une pièce influence toujours sa cote : une égrenure, une fêlure, surtout si elle date, ne retire pas tout le caractère mais fera pencher l’expertise. S’il s’agit d’une pièce précieuse, mieux vaut consulter un connaisseur ou rechercher des archives de ventes pour vérifier la valeur. Entre des mains respectueuses, la faïence Henriot Quimper traverse les années sans perdre de son éclat, prête à vivre autour de chaque tablée, fidèle témoin et discrète passagère du temps.


